Le tic à l'air ou à l'appui
DESCRIPTION DU COMPORTEMENT MOTEUR STEREOTYPE
Le tic à l’air et le tic à l’appui sont deux stéréotypies très voisines dans leur séquence.
La séquence débute soit par une prise d’appui des incisives maxillaires sur un support solide
et fixe (Tic à l’appui.), soit par des mouvements saccadés en hyper flexion de la nuque (Tic à
l’air).
Le cheval ouvre la bouche, contracte les muscles de l’encolure et émet un bruit caractéristique
On peut facilement observer la contraction volontaire des muscles pharyngiens et de
l’encolure (sterno-hyoïdien).
Cette séquence comportementale motrice se produit de façon répétée et invariante pendant un
temps prolongé, à l’issu duquel on observe fréquemment une phase de somnolence.
L’interruption de la séquence nécessite le plus souvent une stimulation extérieure de forte
intensité.
CIRCONSTANCES D’EXPRESSION
Le tic a l’appui se produit essentiellement à l’écurie avec prise d’appui sur la porte ou la
mangeoire, mais également en pâture avec prise d’appui sur les poteaux de clôture. Cette prise
d’appui répétée entraîne une usure prématurée des incisives supérieures et parfois des lésions
de dermatose chronique de contact sur le museau, les lèvres ou le menton.
Le tic a l’air se produit préférentiellement à l’écurie et apparaît souvent lorsque des moyens
coercitifs ont été mis en oeuvre pour éviter la prise d’appui qui initie la séquence du tic à
l’appui (électrification de la porte et de la mangeoire).
Ces stéréotypies concerneraient 5 à 8 % des chevaux de plus de quatre ans.
La séquence est le plus souvent produite avant ou juste après la prise alimentaire de
concentrés ou grains.
Le moment de la distribution alimentaire est particulièrement propice à l’expression du tic,
d’où le lien fait avec un déterminisme alimentaire : les rations riches en concentrés et pauvres
en fourrages. Cependant les mouvements de la bouche et de la langue produits n’ont rien à
voir avec la préhension d’aliments, la mastication ou même les mouvements observés pendant
le toilettage mutuel (“
Il semble que la distribution de la ration corresponde surtout à un moment de particulière
frustration.
allogrooming”).ETIOPATHOGENIE
On a longtemps pensé que le bruit produit était associé à une ingestion d’air, d’où le terme de
“tic aérophagique”, d’autant que des coliques sans support organique, des ulcères gastriques
et un amaigrissement chronique, sont rapportées chez les chevaux tiqueurs à l’air.
En fait, l’air dégluti uniquement dans l’oesophage proximal est immédiatement expulsé vers
le pharynx, induisant ce bruit pharyngé caractéristique. L’appellation “tic aérophagique” est
donc largement remise en cause. Il n’y a aucune relation de cause à effet entre tic à l’air et
coliques gastriques.
Plusieurs hypothèses sont avancées pour expliquer le tic à l’appui et le tic à l’air:
- dysfonctionnement neurologique ;
- activité redirigée et perdant sa capacité de régulation, d’un comportement
alimentaire fonctionnel produit dans un contexte de carence en aliment fibreux et
d’excès d’aliment concentré.
- comportement produit et auto satisfait en réponse aux stress de l’environnement,
aux frustrations, à l’ennui : De nombreux auteurs suggèrent que cette accumulation
momentanée d’air dans l’oesophage stimulerait des mécanorécepteurs à l’origine
d’une sécrétion endorphinique.
Epidémiologiquement, ces stéréotypies peuvent apparaître lors de période anxiogène
ponctuelles comme le sevrage (tic à l’appui chez le poulain) ou le débourrage.
Mais dans la majeure partie des cas, leur expression durable est le plus souvent liée à un
tableau clinique déficitaire de type anxiété chronique (Stress chronique) où la stéréotypie est
le principal, voire le seul symptôme observé.
DIAGNOSTIC
Aucune atteinte organique n’a pu être spécifiquement liée au tic à l’air ou au tic à l’appui. Il
s’agit de symptômes dont l’origine est toujours comportementale.
L’observation par fibroscopie d’anomalies fonctionnelles laryngées est une conséquence du
comportement moteur stéréotypé.
L’examen de la cavité buccale est néanmoins recommandé pour éliminer les abcès dentaires
comme possibles facteur favorisants.
Biologiquement, une hyperprolactinémie durable est fréquemment associée.
CONDUITE A TENIR
Dès lors, que ces stéréotypies correspondent à un état de stress chronique (anxiété de
contrainte), la réversibilité du processus pathologique est d’autant plus élevée que l’affection
est récente.
La gestion thérapeutique va passer par la maîtrise des facteurs intervenant dans l’état de
contrainte psychomotrice :
- Augmentation du temps de recherche et de prise alimentaire
- Enrichissement social
- Enrichissement du milieu
- Suppression des moyens coercitifs mis en oeuvre si innéficaces (colliers anti tiqueur,
électrification, ….)
La première des mesures à mettre en oeuvre concerne la modification du comportement
alimentaire : Mettre un pavé ou une pierre à sel dans la mangeoire, nourrir au sol, diversifier
les fourrages, mettre en pâture,… Si cela est insuffisant, il faut agir sur les autres facteurs
environnementaux.
L’utilisation de psychotropes, notamment des antagonistes morphiniques, bien qu’efficace sur
une période courte, reste rare en pratique.
Les diverses techniques chirurgicales, outre le fait qu’elles soient éthiquement discutables,
n’ont aucun effet à long terme, sauf à modifier la séquence comportementale du
comportement stéréotypé sans en diminuer la fréquence.
sources AVEF
Mis à jour (Mercredi, 08 Juin 2011 14:04)

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